Choquant, le titre? Oui, certainement. Mais devinez quoi : y'a des gens choquants et, en général, la vie aussi est choquante.
Au conseil des élèves de mon école, une institution dont je fais partie par convictions, pour y mettre du mien, on a décidé d'opter pour la création d'un groupe Facebook,
Étudiants de De Rochebelle. Parce que, on doit le dire, c'est un outil puissant, on a jugé bon de le faire. Et après tout, comme je l'ai scandé aux élèves durant les messages du jour ce matin, « 300 000 000, c'est le nombre de gens sur Facebook, et ton conseil étudiant croit que tu es du nombre!». Bref, en général, les jeunes de mon école sont sur Facebook. Les gentils comme les mauvais.
Le groupe, quand on est administrateur, nous permet d'envoyer des messages directement à chaque personne qui s'y est jointe. Ce soir, second message de l'année, j'annonce
plusieurs choses. C'est important, ces envois. Mais malheureusement c'est long à lire, et je concède qu'il faudra élaborer nos manières de faire au Conseil concernant les messages Facebook.

Mais voilà, la chnoute de la soirée est arrivée à 21 h 52, quand un étudiant m'envoie en message privé.
osti enfant de pute de fjif de cais ta yeul t fif pi laite tbk va te suicidé aree d emenvoiyier d mesage osti fils de pute
Vous l'aurez deviné, c'est le titre de ma note. Notons que deux secondes après le jeune homme me fait une demande d'ami Facebook... fort, le gars.

Un autre poursuit le bal à 21 h 56 en m'envoyant lui aussi un message privé.
toi men t gai jveux pas de t message que jmen caliss
Plusieurs constats pourraient être faits sur le geste de ces deux élèves, mais ce sont souvent les mêmes remarques qui reviennent, c'est à dire
- la méchanceté que recèle les ados
- le fait que derrière un écran ils soient moins sensibles
- les termes associés à l'homosexualité sont souvent utilisés comme insultes.
On ne s'étendra pas sur les constats. Quoi que... un petit dernier : ils ont utilisé Internet comme arme, je réplique avec Internet. Est-ce que j'en ressors grandi? Non, la vengeance n'est que cupidité. Quoi que j'ai été plus malin qu'eux. Plus correct, en tout cas. En fait ça m'a fait du bien de vous raconter ça. Tsé, se faire injurier comme ça, ça donne une envie de frapper et de brailler, une émotion bien bizarre qu'on appelle la rage, j'imagine. Et faut dire, finalement, que je jubile en pensant aux futurs employeurs qui taperont leurs noms dans un moteur de recherche et qui tomberont ici. Mais pour l'instant je vais me contenter d'aller voir mon directeur demain.
Car si moi je peux connaitre le pardon, Internet, lui, a la mémoire longue.
Mise à jour :
[29 novembre 2009] Je comptais publier ce qui suit en commentaire, mais Blogger refuse à cause d'une limite de caractères... huhu! alors voilà :Voilà enfin ma réponse, qui a tardé par manque de temps mais aussi pour murir ma réflexion.
Avant tout je dois vous dire que je suis allé voir mon directeur le mardi matin, soit le lendemain, et je lui ai raconté ce qui était arrivé. Je suis ensuite monté au labo d'informatique pour lui envoyer des saisies d'écran. Le fait est que je ne lui ai pas parlé de cette note, du fait que j'avais dénoncé le geste des deux gars sur mon blogue. Dans ma tête l'intervention à l'école et mon publication faisaient deux... et visiblement, je me trompais. Mardi, en PPO, j'ai vu la montagne de réactions et les chiffre de Google Analytics (685 visites uniques en ce moment, 354 mardi) : j'avais la mâchoire à terre!...
Ma décision concernant le futur de ma note, dès le mardi matin, était d'attendre quelques mois puis d'ôter tout ce qui montrait l'identité des attaquants. Mais à la lecture des commentaires de tous (dans la note de
Mario et le billet de
Sylvain Grand'Maison aussi), ma décision a été ébranlée. Mais ce soir, et ce depuis trois jours, c'est ceci que j'ai décidé (appuyé par les idées de François Guité, duquel j'accorde beaucoup d'importance à ses conseils, et de
Anonyme) : visiblement, l'intervention de l'école et ma note sont liés; demain j'irai voir la TES chargée de l'affaire et je lui dirai que j'exige aux deux garçons une lettre d'excuses valable de la part de chacun d'eux, lettres que je rendrai publiques sur mon blogue avant d'ôter toute identification d'eux (en gardant les images); je laisserai libre cours par après à l'intervention scolaire, quoi que je spécifierai à la TES que je retire toutes formes de plainte.
Suite à la publication de cette note, j'ai reçu des réponses de la part des deux garçons sur Facebook. Le premier m'a écrit
« faui; » (quécé que ça veut dire?!) et le second a été plus volubile en me disant
« écoute si tu vx jpeux vnir tan parler dans ta face que jmen criss de t message pi que jai dla misere ak les homos si tu vx jmen tap ok jia ldroit de te dire sque jpensse de toi pace que on est dans un pays libre mon gars moi jte fait pas de menace comme lautre mais criff que jai dla misere ak sa moi lmonde qui réplique comme sa !!! »... un pays libre, la liberté d'expression... souvent le triste argument de ceux qui violentent les gens par la parole (voir à titre d'exemple un ancien animateur de radio FM à Québec).
Je viens, pour le plaisir, de googler les noms des deux gars. Un a la chance d'avoir plusieurs personnes qui portent son nom, dont un assez connu et bien établi sur la Toile. Mais l'autre... ouch! Ce billet de mon blogue se retrouve en deuxième sur Google avec son nom. C'est triste pour lui, mais il a intérêt à coopérer avec la TES :-P
Tout ça a amené un gros débat. Je note que trois personnes désapprouvent mon action, dont une professionnelle, une personnalité publique et un anonyme. Ceux qui ont secondé mon action, moins faciles à compter, étaient environs 18 déclarés. Parmi les gens qui se sont manifestés, une journaliste qui attend toujours ma réponse. Je ne sais pas si je vais lui répondre par la positive - mes parents ne savent que dalle de l'affaire et sérieusement je ne leur en dirai rien de rien : bien moins compliqué ainsi :-)
Je finirai en relativisant, comme me le conseille François. Il y a actuellement 2000 élèves à mon école et 760 inscrits sur le groupe Facebook. Le groupe a six bloqués : un pour spam (c'était un robot qui vend des sacoches...), quatre pour propos injurieux (Guillaume et moi étant les deux principales victimes) et un pour avoir encouragé. Les élèves actifs sur le groupe sont au nombre de 30, mais nous encourageons les gens à participer et je suis certain que l'activité de ce groupe deviendra une habitude. Pour ma mésaventure, vu que le tout était en message privé et que les gens de l'école ne visitent généralement pas mon blogue, personne n'est venu me supporter sur Facebook. Par contre, je me souviens, le dernier coup il y avait cinq personnes pendant toute une soirée qui répliquaient à un vandale (un sale vandale, qui a laissé jusqu'à 20 commentaires et messages sur le mur!) en attendant qu'un administrateur du groupe (un membre du Conseil des élèves) viennent finir la
game et nettoyer les dégâts. Vraiment, sur le Net, on peut compter sur l'auto-régulation : la communauté, de par sa masse, est une grande force morale pour ramener un malfrat à la raison ou, du moins, condamner ses gestes et paroles. Deux point zéro power :-D
Mise à jour :
[1
er décembre 2009] J'ai ôté les noms et liens. Les images resteront encore un peu,jusqu'à un autre avancement, mais ce ne sont plus celles reliées à leur compte Facebook, je les ai mis sur mon propre FTP (ainsi quelqu'un qui fouille avec l'adresse ne peut plus faire le lien entre ça et un nom et je garde le pouvoir sur elles, étant le seul à avoir le mot de passe). Plus de détails en revenant du Tweetup Québec :-)